LES DESARROIS D’UN JEUNE INSTIT de Kevin André

Publié: 29 octobre 2011 dans LIVRES/TEXTES

Mon avis

Vais-je avoir la mémoire et la patience nécessaire pour réécrire un avis alors que je l’ai déjà fais mais qu’un incident technique fâcheux m’oblige à tout retaper, à tout me retaper ? !

Comme dirait mon mari pourquoi « bon dieu » t’as pas enregistré un brouillon? Car jusqu’à présent je n’avais jamais eu de problème!!!

Passons! Alors en résumé je disais que je fouine régulièrement dans le rayon pédago de la biblio alcazar de Marseille BMVR (elle est belle, je l’aime!) et selon le titre du livre en rayonnage je prend ou je laisse. Avouez que cette méthode vous laisse pantois ! Cette fois-ci c’est tombé sur Kevin André (  » un vrai prénom de prolo » mais qui n’en est pas un.)

Je disais donc en substance : la première compétence à avoir et qui est mésestimée, je devrais dire carrément oubliée c’est : la gestion de groupe! J’ai été bibliothécaire dans une école primaire (une BCD)…

Voilà en gros mon avis : j’ai été de suite en empathie avec cet ancien instit dégouté, à quand la reforme de l’éducation nationale ? Ce livre a été rédiger en 2006.

Accroche du livre

« J’étais plein d’illusions… Le jour où je suis entré pour la première fois dans une classe de CE1 et que j’ai dit bonjour à mes chers petits monstres, c’est là que mas ennuis ont commencé… »

en savoir + interview avec Cali Rise

« Les désarrois d’un jeune instit » n’est pas un roman. C’est le témoignage de Kévin. Diplômé de l’Essec, titulaire d’un DEA de philosophie, Kévin André décide de devenir professeur des écoles. Ses jolis rêves vont être très vite confrontés à la dure réalité du mammouth et de ce qui en découle.

Même si Kévin n’entend pas se poser en leader d’une cause (le ras-le-bol des jeunes professeurs des écoles qui, passionnés, veulent donner beaucoup et à qui on met des bâtons dans les roues), il ne peut empêcher que ses mots soient représentatifs de beaucoup d’autres instituteurs.

Verra-t-on un jour l’Education Nationale faire le ménage du printemps et laver à grande eau toutes ses vieilleries ? De la simplicité et du bon sens, c’est ce qui manque à tous ses ronds-de-cuir mais qui ne manque pas à Kévin André.

Rencontre et dialogue entre un ex-instit et l’avocat du diable :

1. Bonjour Kévin. Comment se fait-il qu’un jeune homme qui prétend avoir passé la majeure partie de sa scolarité près du radiateur se soit retrouvé en prépa ? Auriez-vous une autre définition du mot cancre, voire du mot « branleur » ?

Je n’étais pas un cancre, ni un vraiment un « branleur ». J’étais plutôt du genre à faire le minimum pour que l’on me laisse tranquille. Je me suis retrouvé en prépa grâce à deux profs en Terminale qui m’ont « surnoté » dans mon dossier parce qu’ils croyaient en moi. Sans eux, je n’aurais jamais pu y accéder. Une fois de plus, cela montre combien notre avenir dépend des profs que l’on rencontre sur notre chemin.

2. Vous racontez que vous avez choisi de devenir professeur des écoles après avoir vu le film Etre et avoir de Nicolas Philibert puis, que c’est en ouvrant la Bible, un matin, au hasard, sur le passage « Laissez les enfants venir à moi ; ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux. En vérité je vous le déclare, qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas. » Seriez-vous devenu prostitué si vous étiez tombé sur ce passage : « A toutes les prostituées, on donne un cadeau. Mais c’est toi qui donnais des cadeaux à tous tes amants et qui leur as offerts des présents, pour que, de tous côtés, ils viennent à toi dans tes prostitutions. » ?

Disons que j’ai eu de la chance.

3. Plusieurs fois, vous évoquez le fait qu’on n’apprenne rien ou peu de choses en IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres). Pourquoi ne pas avoir cherché par vous-même à prendre des conseils auprès de professeurs des écoles déjà en place depuis plusieurs années ?

J’en ai pris. Mais il y a une différence entre ce que votre copain de promo vous file comme tuyau et le discours officiel et légitime. Le problème n’est pas tant que l’on apprenne rien en IUFM. C’est plutôt que ce que l’on y apprend nous complique la vie plus qu’elle ne nous la facilite : trop compliqué, trop abstrait, trop difficile à appliquer en début de carrière.

4. Vous retracez les premiers jours de votre stage dans une classe de moyenne et grande section. Visiblement vous arrivez là sans avoir préparé une seule séquence, sans avoir cherché, je me répète, à travailler des séquences en vous basant sur l’expérience de vos aînés. Dès la première heure, vous êtes plus que débordé par des gamins qui ont entre 4 et 5 ans. Dans ce cas, pourquoi avez-vous persisté à vouloir devenir instituteur ?

Je ne suis pas arrivé les mains dans les poches. J’ai préparé des séquences. Le problème n’était pas là. Comme je le dis à un moment dans le livre, pour qu’ils apprennent, il faut d’abord qu’ils écoutent. Cela, je n’y suis pas arrivé spontanément, tout de suite. Et sincèrement, je ne suis pas sûr que maîtriser un groupe de 29 enfants de 4 ou 5 ans, avec 27 nationalités d’origine, soit la chose la plus facile au monde.

5. Un inspecteur déclare un jour « Vous êtes des experts pédagogiques ». « Foutaises » dites-vous, pourtant vous vous targuez aussitôt, dans les lignes suivantes, d’avoir trois ans d’expérience. Alors expliquez-moi, vous dites n’avoir rien appris à l’IUFM mais vous avez trois ans d’expérience ? Bizarre, non ?

Je ne me « targue » pas d’avoir trois ans d’expérience. Je témoigne de mes trois années d’expérience, imparfaites, souvent chaotiques. Et cela m’agace que l’on me passe la pommade en me faisant passer pour qu’un « expert » alors que je galère tant et plus.

6. « Il a fallu que je passe du temps avec la maîtresse du CP de la classe voisine pour réapprendre à écrire. » Franchement, vous n’auriez pas pu vous rendre compte avant que votre écriture ne convenait pas pour entraîner vos élèves à dessiner les lettres correctement ?

Franchement, non. Etant donné que l’on a pas abordé le problème dans ma formation et qu’aucun formateur ne m’en a parlé. Je ne vous parle pas d’écrire correctement. Je vous parle d’écrire parfaitement. A la limite, ce n’est plus de l’écriture, c’est de la calligraphie que l’on demande, et aux maîtres et aux élèves.

7. « Il semblerait que les devoirs soient désormais interdits à l’école primaire. » Comment se fait-il qu’au fil du livre, on ait l’impression que vous débarquez d’une autre planète ?

Oui, en un certains sens, je débarque d’une autre planète. C’est peut-être cela qui fait l’intérêt du livre et de mon expérience.

. 8. Vous sortez d’une grande école et vous vous prétendez incapable (« incompréhensibles par le bas peuple que nous sommes », « Certains de mes collègues chevronnés étaient incapables de m’expliquer ») de comprendre ce qu’exige le Programme en mathématiques. Franchement, vous ne nous prenez pas pour des imbéciles en nous faisant croire que les professeurs des écoles sont trop stupides pour faire la différence entre un « calcul réfléchi » et un « calcul automatisé » ?

Les instits sont loin d’être stupides. En revanche, oui, les programmes sont trop compliqués. Il y a un moment où il faut en revenir à la base et arrêter de tomber dans de vaines subtilités intellectuelles.

9. « … au Pérou…, je me suis rendu compte que je ne connaissais aucun chant en entier, même pas une souris verte ! » Sincèrement, pensez-vous que c’est à l’IUFM de tout vous enseigner ? Vous n’auriez pas pu faire preuve d’initiative et cherchez à mettre vos connaissances à jour ? Un professeur des écoles doit aussi avoir quelques notions d’arts plastiques et de chant, non ?

J’ai pris cet exemple pour montrer que l’on ne fait pas assez de place à la mémoire dans l’éducation actuelle et que j’en ai moi-même subi les conséquences. Je n’attendais pas de l’IUFM qu’il m’apprenne à chanter une « souris verte ». Ca, en effet, je l’ai fait tout seul, comme un grand garçon.

10. Quel est le rapport avec la rémunération de James Simons, financier américain, et la paie mensuelle d’instits ? Je ne comprends pas bien le rapprochement que vous faites avec un « métier à utilité sociale » et un financier.

Je constate juste que les métiers les moins utiles socialement (i.e. la finance) sont les mieux rémunérés. Et inversement.

11. Vous citez les « primes aberrantes » : « Les ZIL (les enseignants affectés aux remplacements courts) perçoivent une indemnité de 15 € par jours de remplacement… Mais lorsqu’ils travaillent le mardi, ils en perçoivent une pour le mercredi… s’ils sont en poste le samedi, ils en touchent une pour le dimanche. » Qu’en pensaient vos collègues ?

Ce sont eux qui m’en ont parlé…

12. Vous trouvez qu’il y a trop de vacances, que le rythme de travail est trop décousu, que deux mois de congés cassent la dynamique. Si bon nombre d’instituteurs font le même constat, qui empêche de changer cela ?

Tout le monde s’accorde à considérer que les rythmes scolaires actuels sont mauvais pour les élèves et qu’il faudrait moins de vacances et moins d’heures de cours par jour. Mais remettre en question la situation actuelle est un problème extrêmement politique qui a des répercussions sur le tourisme, l’organisation de la garde parentale, la prise des congés au sein des entreprises, les infrastructures sportives et associatives, …

13. « Ou pire, j’aurais pu carrément me retrouver sans classe du tout et faire semblant de venir travailler tous les jours ». Où auriez-vous fait semblant de travailler puisque vous n’auriez pas eu de classe ?

Dans les bureaux de la circonscription qui est l’antenne administrative locale de l’Education nationale (cela correspond plus ou moins à Paris à un arrondissement).

14. « Il y a une infime minorité de profs flemmards et qui profitent du système ». « Il y a ceux qui sont bizarres pour ne pas dire autre chose ». Seriez-vous pour que tous ces tire-au-flanc, ces personnes « anormales » soient virés de l’Education Nationale ?

Oui, si on réfléchit à comment les reclasser. Une autre solution, sans doute préférable, serait de les suspendre dans leurs fonctions le temps de les former et de les aider à retrouver la motivation nécessaire pour enseigner.

15. L’Education Nationale n’aimerait pas que certains professeurs prennent des initiatives ? Je pense notamment à votre exemple de demande de sortie refusée pour cause de délai non respecté.

L’Education nationale sait très mal accueillir et encourager les initiatives. La lourdeur bureaucratique et l’absence de reconnaissance sape les bonnes volontés.

16. 32000 enseignants à temps plein seraient payés alors qu’ils n’exercent pas leur métier devant une classe. Que font-ils de leur journée ?

Cela correspond essentiellement aux remplaçants qui se retrouvent parfois sans affectation et de décharges accordées pour diverses raisons. Il est donc faux de dire qu’il y a 32 000 profs qui ne font rien. Mais je trouve que cela fait beaucoup et qu’avec une gestion plus locale, moins centralisée, on pourrait sans doute réduire ce nombre.

17. « Il y a trop de grève… Les syndicats ne sont pas constructifs… » Si vous teniez ce langage face à vos collègues, vous ne deviez pas avoir beaucoup d’amis, si ?

Oh, si ! Ils sont nombreux à ne pas se sentir en accord avec les positions des syndicats. Mais il faut aussi comprendre que les syndicats sont les seuls qui sont « de notre côté », qui défendent nos intérêts par rapport à une hiérarchie qui se fout de nos problèmes et des français qui nous considèrent souvent comme des flemmards privilégiés.

18. Vous en voulez « énormément à l’IUFM » de ne pas vous avoir fait croire que l’autorité n’était pas un vrai sujet. Votre maître-formateur a pourtant rapporté « Cet infini respect (des élèves) est… respectable ! C’est un souci permanent chez M. André. Attention cependant à ne pas focaliser son attention sur les élèves dits en difficulté au détriment des autres. » Qu’auriez-vous voulu de plus ?

Tout simplement que l’on me parle du problème n°1 quand on débute : tenir sa classe, faire respecter les règles. C’est bien de montrer du respect pour ses élèves mais je manquais de fermeté. Mes formateurs ne me l’ont jamais dit.

19. Vous avez exercé en ZEP (zone d’éducation prioritaire). Vous dites que les élèves qui composent votre classe sont exclus de la culture française « bien comme il faut » et qu’ils emploient un langage pauvre en vocabulaire. Vous citez « Y’ m’a traité ». Or, je connais des classes rurales où tous les enfants sont issus de la culture française et qui viennent rapporter aux maîtres « Maître, y’ m’a traité » comme ils emploient aussi les « connard », « casse-toi », « t’es chiant », « ferme ta gueule », « j’vais t’niquer », « y’m’cherche », « hein ? ». A votre avis, toutes les écoles devraient être classées en zone d’éducation prioritaire ?

Vous avez raison, les problèmes n’existent pas que dans les ZEP. Le problème de la transmission de la culture est un problème général, peut-être LE problème de notre société moderne.

20. « Donnons un droit de regard sur le recrutement de l’équipe en place. Exigeons… Obligeons-les. » Ne seriez-vous pas un peu extrémiste ?

Prenons le problème à l’envers. N’est-ce pas le système en place qui est extrémiste ?

21. « Pendant que les syndicats et les ministres s’étripent sans que rien ne change, les instits et les élèves trinquent. » Les syndicalistes ne sont pas instits ?

De ce que j’en sais, ils l’ont tous été mais ont des décharges pour exercer leur délégation. Parfois (souvent), c’est une décharge permanente.

22. Vous réduisez vos obligations légales uniquement à veiller à ce que vos élèves ne soient corrigés (« S’ils sont corrigés de façon arbitraire… »). Or, n’avez-vous pas plutôt l’obligation de signaler au procureur tout enfant souffrant de maltraitance (coups, viol, manque de nourriture…) ?

Oui, bien sûr. Ce que j’ai voulu dire, c’est que la punition corporelle n’est pas nécessairement synonyme de maltraitance, même si la frontière est parfois ténue.

23. « Les parents d’enfants de milieux aisés se considèrent facilement comme des usagers ». Vous pouvez développer ?

L’école est une chance qui nous est offerte par notre histoire. Il ne faut jamais l’oublier. Je déteste ce mot « usager ». Il faut garder de la gratitude, que l’on perd parfois avec la gratuité, pour l’école de la République, malgré tous ses défauts.

24. Vous proposez « d’éduquer les enfants dans leurs comportements quotidiens… » plus que « pendant trois minutes trente, entre la récré et la leçon de grammaire ». Il faudrait donc que le maître, comme les élèves, assistent à plus d’heures de cours ?

En fait, le problème de l’éducation à la citoyenneté ou au vivre ensemble, comme vous voulez, passe trop souvent à la trappe alors que c’est essentiel. On ne peut plus commencer la journée par une leçon de morale tous les matins dans notre société actuelle. Mais pourquoi ne pas mettre en place à la place des ateliers qui développent l’intelligence relationnelle ou émotionnelle (j’en parle à un moment dans le livre) avec des exercices de respiration, des mises en scènes théâtrales, etc. Il y a beaucoup d’idées à avoir dans ce domaine. Des choses se font à l’étranger et nous en sommes encore à l’âge de pierre en France. Je pense que cela vaut le coup de couper dans certaines parties du programme actuel pour donner du temps à ce type d’activité. Encore faut-il que l’on forme ou que l’on accompagne sérieusement les profs dans ce type d’approche.

25. Vous démissionnez quand, après avoir rempli vos 50 vœux d’affectation à la fin de l’année scolaire, vous découvrez : AFFECTATION : INCONNUE. Quel métier exercez-vous aujourd’hui ?

Je travaille dans le métier des ressources humaines, après avoir fait l’expérience des ressources inhumaines au sein de l’Education nationale. J’essaye désormais de faire pour d’autres ce que l’on n’a pas fait pour moi.

26. Kévin, je vous remercie de m’avoir laissé jouer le rôle de l’avocat du diable, et je vous offre, comme il est de coutume sur Le Mague, les mots de la fin…

L’école de Jules Ferry est une magnifique invention. Même si elle m’en a fait baver, je l’aime plus que jamais. J’espère de tout cœur que nous arriverons, de l’intérieur et de l’extérieur, à la faire évoluer, pour que ce ne soit plus les personnes qui s’adaptent au système mais le système qui s’adapte aux personnes.

Les désarrois d’un jeune instit, Kévin André, JC Lattès

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